Sécurité : la réponse nécessaire de la gauche

25 août 2010
  • Insécurité : l’échec patent de Nicolas SARKOZY

 

Les Français ont bien compris que, pris dans la tourmente de l’affaire WOERTH-BETTANCOURT, confronté à l’échec de sa politique économique, le président de la République applique une stratégie de diversion.

 

Face à la gravité des violences urbaines qui se sont produites cet été à Grenoble et à Saint-Aignan, je suis choqué par l’attitude du président de la République.

 

Face à ces faits de violences inacceptables, Nicolas SARKOZY a choisi d’utiliser la surenchère verbale, quitte à mépriser nos valeurs républicaines.

 

Mais les gesticulations stériles de Nicolas SARKOZY – dont la seule ambition est de récupérer par ses amalgames dangereux une certaine frange de la droite ainsi que l’électorat frontiste – ne trompent plus personne.

 

Combien de fois a-t-il déclaré la « guerre » à la délinquance ? Combien de fois a-t-il promis la « tolérance zéro » ?

Il est temps que le président cesse de pratiquer la « politique spectacle ».

La gestion du dossier des « Roms », son instrumentalisation, le démantèlement pourtant nécessaire des camps où les conditions de vie sont sordides, obéissent à cette conception qui ignore le respect d’autrui.

Les mises en scène de déploiement de moyens opérationnels lourds face aux caméras ne peuvent voiler la réalité du vide laissé derrière eux. Comment peut-il en être autrement alors que, budget après budget, les baisses d’effectifs s’accumulent ?

 

Ses artifices rhétoriques ne passent plus : quand il vilipende le climat d’insécurité dans notre pays, il devrait en toute honnêteté faire le procès de sa propre politique, celle qu’il mène depuis maintenant 8 années.

 

Sa méthode, fondée uniquement sous l’angle de la communication et sur la gestion à chaud des dossiers, a entraîné une inflation législative sans précédent : 17 lois ont été votées en moins de huit ans…et pour quels résultats ?  Depuis 2002, les agressions contre les forces de l’ordre (comme à l’égard des pompiers, des postiers, des éducateurs…)ont augmenté et jamais les violences contre les personnes n’ont été malheureusement aussi nombreuses.

 

Sur la sécurité, comme dans tous les autres domaines d’ailleurs, Nicolas SARKOZY ne pratique que le rapport de force, dans la précipitation. Il joue sur les peurs, pratique l’amalgame à outrance et ravive les vieilles haines.

 

Vu l’état et le moral de notre pays, nous avons, au contraire, besoin d’une société apaisée.

 

La crise économique, la crainte de perdre son emploi, le chômage de masse, le sentiment de déclassement ressenti par un très grand nombre de nos concitoyens devraient logiquement inciter le président de la République à travailler à l’union du peuple français. Au lieu de cela, par la brutalité de sa rhétorique et de sa politique, par son absence de cap pour notre pays, il contribue à générer de l’angoisse chez nos compatriotes. Le fossé qui sépare ses discours musclés de ses résultats contribue, largement, à l’approfondissement de la crise civique et à la dévalorisation de la parole publique.

 

Promouvoir une « société de la confiance » guidée par une éthique de l’action, voilà ce qui doit être dans les mois à venir l’ambition de l’opposition pour préparer l’alternance crédible. Notre société a besoin de la mobilisation de tous, de la contribution de chacun, elle a besoin d’un projet fédérateur qui donne à chaque français – quelle que soit son origine culturelle – la fierté d’être ensemble et de partager un destin commun.

 

  • Immigration, insécurité et inconstitutionnalité…

 

S’il est nécessaire de sanctionner d’une fermeté exemplaire tous les criminels, Nicolas SARKOZY joue avec le feu en portant haut et fort la thèse, nauséabonde, du lien supposé entre « immigration » et « sécurité ».

 

Sa conception communautariste et segmentée de la société française ne peut être que lourde de conséquences en terme de cohésion sociale. Comment « faire société », comment faire exister la nation lorsqu’on désigne certaines catégories de la population comme des ennemis potentiels de l’intérieur ?

 

Nous connaissions déjà le travers du président de la République consistant à diviser les Français. Mais cette façon de créer différentes catégories de citoyens dans notre pays, à travers son souhait de déchoir de la nationalité des Français d’origine étrangère, est aussi inédite que contraire à nos principes républicains. Est-il nécessaire de rappeler à Nicolas SARKOZY l’article 1 de la Constitution : « La France est une République… Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion …» ?

Or, le président sait très bien qu’une telle mesure serait irréalisable et totalement inefficace car, outre que cela créerait des « apatrides », cela n’aurait aucun effet dissuasif. La menace d’une déchéance n’arrêterait sans doute pas des personnes risquant la réclusion à perpétuité pour le meurtre de policiers.

 

Il faut donc dénoncer, avec tous les républicains,  l’instrumentalisation permanente de la question de l’immigration et la remise en cause de valeurs fondamentales.

 

 

Finalement, que cherche Nicolas SARKOZY en appliquant cette politique de la terre brûlée ? Tout semble indiquer que peu lui importent les résultats de la sécurité. Seule compte pour lui l’idée qu’il faut donner aux électeurs des raisons de détourner leur colère ailleurs que vers le gouvernement, et de surcroît de tenter de récupérer un électorat populaire qui s’est massivement détourné de lui aux dernières élections. A travers ces propos, le président fait courir le risque à la démocratie de replacer le FN au centre de la vie politique et de faire opérer à la société un virage très à droite sans perspective de le maîtriser ensuite.

Cette attitude est profondément cynique et irresponsable. Et nous devons la dénoncer avec tous les républicains de tous bords.

 

Mais, la gauche ne doit pas se contenter de slogans et se confiner dans des postures idéologiques.

 

L’immigration est une chance pour notre pays qui a besoin de dynamiser sa courbe démographique.

Elle est naturellement source d’enrichissement à travers l’ouverture sur les autres cultures du monde. Je le constate chaque jour dans ma ville d’Evry. Affirmer cela ne doit pas occulter la nécessaire clarification de la gauche, une bonne fois pour toute, sur la question de la politique migratoire.

Oui, il est nécessaire de contrôler et de gérer les flux migratoires à partir d’une réflexion et d’une action menées à l’échelle européenne, seule pertinente. Oui, il faut lutter contre les réseaux qui favorisent l’immigration clandestine.

Oui, il faut une régularisation au cas par cas et sur la base de critères clairs, compris de tous, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui.

Quand elle reviendra au pouvoir, la gauche devra également promouvoir un véritable volontarisme en matière d’accueil et de répartition des populations immigrées, à travers une véritable politique d’habitat et de peuplement. On ne peut plus tolérer la fabrique de ghettos ethniques, par quartier ou par cité. Il en va de l’équilibre de notre République.

 

  • Les maires de gauche sont en 1ère ligne

 

Nicolas SARKOZY refuse de reconnaître sa responsabilité et préfère se défausser. Un coup sur les Préfets, dont il voudrait limiter le rôle à celui de simples Préfets délégués à la police, un coup sur les maires socialistes à travers les propos ridicules de son ministre Christian ESTROSI.

Les maires de gauche n’ont pas de leçons à recevoir de ce gouvernement marqué par l’échec de ses missions.  Ce sont eux la plupart du temps qui, dans les banlieues difficiles, sont à l’avant-garde de la lutte contre la délinquance et qui pallient aux insuffisances de moyens de l’Etat en la matière. Leurs connaissances et expériences accumulées constituent un atout considérable pour affronter cette problématique lourde.

 

Mes positions sur ces questions sont connues depuis longtemps : la sécurité est pour moi la première des libertés et comme de nombreux maires de gauche cette question est au cœur de mes priorités.

 

Nous sommes d’ailleurs dans une société de plus en plus violente comme en témoigne les sauvages agressions dont ont été victimes, récemment, les forces de l’ordre dans le quartier des Tarterêts à Corbeil, une ville de ma circonscription. Je salue, d’ailleurs, le courage des forces de police confrontées à de plus en plus de risques sur le terrain.

Face à cette situation, comme de nombreux autres maires de banlieue, j’essaie de trouver des solutions efficaces : dans ma ville d’Evry, j’ai notamment souhaité mettre en place un système de vidéoprotection et doublé les effectifs de notre Police municipale.

Je me réjouis également de l’efficacité de notre CLSPD (Conseil local sécurité prévention de la délinquance) commun avec la ville de Courcouronnes dont le Maire, Stéphane Beaudet (UMP), est un partenaire exemplaire. Pour lutter efficacement contre la délinquance, il est fondamental de mettre en réseau les différents acteurs concernés : éducatifs, sociaux, policiers, magistrats afin d’échanger toute information et d’assurer une bonne réactivité face aux problèmes.

 

  • Pour une gauche décomplexée

 

Je fais partie de ceux qui plaident pour un discours de gauche décomplexé contre la délinquance et débarrassé de toute forme d’angélisme. Il en va de notre crédibilité vis-à-vis des Français qui attendent encore plus de nous aujourd’hui.

 

Je ne crois pas à une coupure en notre sein entre « sécuritaires » et « laxistes ». En revanche, n’opposons pas priorité au social et sécurité. L’insécurité est un problème social  car elle concerne d’abord les plus modestes et les plus fragiles de notre société. Il reste toujours une culture à gauche qui estime qu’elle est toujours plus forte et toujours plus convaincante sur le social que sur l’insécurité (cf. blog de JC Cambadélis). Je récuse toute opposition entre l’ordre (républicain) et la justice sociale. Nous devons, au contraire, être capables de montrer qu’une autre politique existe et que nous sommes parfaitement à l’aise sur ce terrain.

 

Je pense, que si, jusqu’à présent, nous n’avons pas été collectivement capables – gauche et droite confondues – d’apporter une réponse efficace au développement de l’insécurité depuis 30 ans, c’est que nous avons été enfermés dans nos habits idéologiques. A la droite, la seule répression. A la gauche, l’unique prévention… Il est grand temps de sortir de ces clichés. Et tout particulièrement pour la gauche car sa crédibilité sur cette question, malgré l’échec de la politique gouvernementale, reste toujours plus faible que celle de la droite sur ce sujet.

Au contraire, l’autorité publique est bien, à mon sens, un moyen de défendre les droits de ceux qui ne disposent pas des ressources suffisantes pour les faire valoir eux-mêmes. Elle est, avant tout, la mise au service de tous – et notamment des plus modestes – des outils de la puissance publique.

Confrontée à la rhétorique simpliste et populiste de la majorité, la gauche ne doit pas se laisser enfermer dans la caricature.

Nous devons promouvoir une société où l’autorité est acceptée, voire plébiscitée par nos compatriotes.

Une autorité acceptée, c’est le gage que l’Etat assure parfaitement ses fonctions régaliennes, qu’il a une capacité à créer du « devenir » pour chacun et que chacun accepte, en toute liberté, de se soumettre aux règles et aux devoirs qu’impose la communauté nationale parce qu’il en perçoit l’intérêt pour lui et ses enfants.

 

  • Mes propositions

 

Seule une réponse de gauche, globale, est en mesure d’endiguer ce fléau.

Mes amis François REBSAMEN et Jean-Jacques URVOAS y travaillent. Ils connaissent parfaitement ces dossiers.

 

Il faut dire la vérité aux Français : face à l’insécurité, la réponse sera longue, coûteuse et complexe.

 

Nous devons, bien sûr, face aux actes de violence qui ont défrayé la chronique comme ceux qui se sont produits à Grenoble ou à Saint-Aignan considérer les faits dans leur brutale réalité et y répondre avec force.

 

Face à un président adepte des formules simplistes qui pratique le « bougisme » sans rien résoudre, il faut donc affirmer que la lutte contre l’insécurité est un problème complexe qui exige des réponses toutes aussi complexes et équilibrées.

Nous devons tout à la fois nous attaquer aux causes du fléau tout en assumant une politique répressive sans complexe.

 

Parce qu’il est nécessaire de s’attaquer aux racines du phénomène, la prévention commence avec le soutien à la parentalité et l’action éducative.

 

C’est la raison pour laquelle à Evry, nous installons un Conseil des droits et devoirs des familles afin, non pas de sanctionner, mais d’accompagner les parents, avec l’ensemble des acteurs concernés (Parents, Education nationale, CAF, police, Conseil général, mairies), dans leur rôle d’encadrement éducatif de leurs enfants démontrant les premiers signes de marginalisation.

 

L’Education doit redevenir la priorité des priorités : avec le maintien d’effectifs suffisants pour permettre des classes de 16/17 élèves et des mesures incitatives assurant la présence de professeurs expérimentés dans les ZEP.

 

Pour les adolescents en difficulté et sources de difficultés, je plaide pour la multiplication d’internats avec l’appui d’équipes éducatives spécialisées qui permettent aux jeunes concernés d’être parfaitement encadrés puisque c’est dès l’adolescence qu’il faut agir.  Quant aux Centres Educatifs Fermés, ils doivent être multipliés dans les départements pour ceux qui ont déjà basculé en commettant un crime ou un grave délit.

 

Rétablir la confiance entre police et population 

 

La création d’une « police citoyenne », à l’image de la société française d’aujourd’hui est nécessaire, une police au contact quotidien de la population effectuant un travail de fond, parfaitement complémentaire des équipes d’intervention (type BAC), spécialisée autour de missions précises : présence, visibilité, proximité, renseignement, intervention, procédures, et aide aux victimes.

Suite à la suppression de la police de proximité lancée par le gouvernement de Lionel JOSPIN, nous sommes revenus à une police des années 1960, coupée de la population, trop centralisée, trop hiérarchisée.

Il est essentiel de rétablir le lien de confiance entre police et population. S’il y a bien un autre échec de Nicolas SARKOZY, c’est celui de la cassure qui s’est approfondie dans nos quartiers populaires à cause des directives à caractère exclusivement répressif.

 

Pour une police de terrain 

 

Je ne propose pas de revenir forcément au concept de police de proximité imaginé il y a 10 ans. Aujourd’hui, il n’est sans doute plus opératoire dans des quartiers où la loi s’applique difficilement. Et puis la «  polprox » fut mal comprise au sein même de la police car imposée depuis Paris à marche forcée. Il faut également aller bien plus loin que les UTEQ mises en place par Michèle Alliot-Marie. Je crois, comme Julien DRAY, qu’il faut donc des unités spécialisées liées géographiquement et durablement à ces territoires. Il propose de recruter des policiers issus de ces quartiers à condition qu’ils soient formés, bien payés, bien encadrés. C’est une piste intéressante.

Il faut ainsi territorialiser les forces de police, les concentrer sur les secteurs sensibles, et les fidéliser à leur terrain d’exercice ainsi qu’aux acteurs locaux, avec le souci d’une meilleure connaissance de leur environnement urbain et social de travail. Il est évident qu’il faut y affecter, aussi, des personnels expérimentés pour ne pas laisser, seuls, les fonctionnaires tout justes sortis d’école.

 

Dans le même temps, le développement des polices municipales ou le rôle du secteur privé (170 000 salariés) doivent être réexaminés. Là aussi, la coproduction est incontournable.

 

Enfin, il faut réfléchir à la question de la formation des policiers (sociologie, psychologie, « codes culturels ») qui doivent être préparés aux réalités du terrain sur lequel ils vont exercer.

C’est donc une nouvelle stratégie (redéploiement, missions…) pour les forces de l’ordre qu’il faut mettre en place sur le terrain.

 

Il est nécessaire de mettre en cohérence la priorité affichée dans certains quartiers ciblés et le budget alloué : le manque criant de moyens de la police conduisant à une paupérisation de nos commissariats et la suppression de 9000 postes depuis 2002, et de 7000 d’ici à 2012, sont des signaux révélateurs de l’incohérence du gouvernement. Dans certaines communes ou certains quartiers, les effectifs de polices doivent être, au contraire, augmentés afin de pouvoir assurer une présence pérenne et solide sur les secteurs sensibles.

Comment envisager sérieusement d’être efficaces contre le développement des réseaux mafieux, liés au trafic de drogue, si le terrain est laissé aux dealers et aux caïds ? Il faut certes des organisations pertinentes mais, aussi, des moyens à la hauteur des enjeux.

 

Je propose que les transferts de détenus – qui représentent l’équivalent de 3000 postes à temps plein – soient confiés à une police pénitentiaire spécialisée. Ce qui délivrerait autant de postes pour la police nationale.

 

Concernant le dernier segment de la chaîne pénale, la justice doit faire l’objet des mêmes attentions budgétaires en terme de personnels afin de permettre le traitement, dans des délais « raisonnables » de dossiers de plus en plus nombreux. Garantir l’exécution rapide des peines et raccourcir le délai entre la commission du crime ou délit et le prononcé de la sanction doivent, ainsi, devenir des priorités.

Chaque délit doit être sanctionné. A fortiori pour les multirécidivistes, trop souvent mineurs et animés par un sentiment d’impunité après de simples « rappels à la loi » malgré la multiplication de faits avérés.

Comme pour la sphère éducative ou la police, il est important d’assurer une présence s’inscrivant dans la durée de magistrats expérimentés dans les tribunaux correspondants aux territoires les plus difficiles.

 

S’interroger sur les dysfonctionnements de la chaîne pénale implique d’examiner la question carcérale. Lorsque près de 40% des détenus reviennent derrière les barreaux quelques mois à peine après leur libération, il est temps de réagir en considérant toutes les hypothèses possibles de peines alternatives.

 

Enfin, il s’agit de mettre régulièrement en relation, au niveau local/opérationnel, à travers un véritable contrat partenarial, l’ensemble des acteurs concernés - à l’image de ce qu’il se fait dans les CLSPD -  pour assurer une optimisation du traitement des affaires : principaux et proviseurs, travailleurs sociaux, policiers, bailleurs, représentants de commerçants, magistrats et élus locaux doivent échanger, périodiquement, leurs informations dans la perspective d’un traitement transversal, collectif, et donc efficient de ces phénomènes de délinquance.

 

Au-delà de cette « chaîne prévention/sécurité/justice », la problématique doit être prise en considération sous ses dimensions urbanistiques et sociales. 5 ans après les émeutes, nous savons que le fameux « plan Marshall » des banlieues  est enterré. Pourtant, c’est bien tout l’environnement de nos quartiers populaires qu’il s’agit de redéfinir, de re-penser, en fonction des erreurs du passé. Les actions menées conjointement avec l’ANRU vont dans le bon sens mais reste, encore, insuffisantes étant donné l’ampleur des dégâts et l’échec des 30 années de politique de la ville. Il faut aller beaucoup plus loin et, par conséquent, décider effectivement que les questions de sécurité, au sens le plus large du terme, soient considérées comme réellement prioritaire par l’Etat.

Mais cela nécessiterait une approche non-démagogique, responsable et volontariste du président de la République…

 

Pour des Etats généraux sur la sécurité :

 

Etant donné le contexte, je pense donc que la gauche ne doit pas attendre pour exposer sa vision et convaincre par ses propositions.

 

C’est pourquoi je propose, comme l’a déjà fait Michel Destot, Maire de Grenoble et Président de l’association des Maires des grandes villes de France, l’organisation d’ « Etats généraux sur la sécurité » ouverts largement aux forces vives de notre société – acteurs institutionnels, associatifs, politiques, praticiens de la prévention et de la sécurité – afin de dépasser les polémiques et de répondre efficacement à l’une des préoccupations majeures des Français.

Les « micro-partis », parlons-en ! Au grand jour, nul besoin de micros sous les tables !

22 juillet 2010
 Il est en République des sujets tabous qui, comme autant de non-dits, entretiennent les ambiguïtés, favorisent la suspicion et surtout, empêchent toute réflexion. Il en va ainsi de la politique et de l’argent. Le mérite de la tentaculaire affaire Bettencourt aura été, pour le moment, de remettre en lumière cet impensé républicain. Énième rebondissement : la révélation, par le biais d’enregistrements pirates d’un maître d’hôtel, d’un « nouveau phénomène » – qui n’a, en réalité, rien de nouveau … –, celui des « micro-partis ». On constate déjà, avec la sémantique retenue, toutes les « révélations explosives » que pourrait renfermer ce genre de structures « microscopiques »…

 
Il est vrai que depuis plusieurs années le phénomène des associations de financement politique prend de l’ampleur. Il répond à un besoin concret : financer, dans le cadre légal, l’activité politique qui ne peut pas se résumer aux seuls partis politiques. Il en a été ainsi, par exemple, de l’association « Désirs d’avenir » de Ségolène Royal en 2007, il en va de même aussi, pour de nombreuses autres structures de responsables politiques, tous bords confondus…
 
Dans le cadre des Primaires de la Gauche qui ont pour principal objectif de rénover la pratique politique, de transformer profondément le mode de désignation du futur candidat du Parti socialiste en le rendant plus fort, j’ai voulu faire valoir mon droit à concourir, car j’ai la profonde conviction que mes idées et ma vision d’une Gauche moderne, transparente et inventive, sont utiles pour le pays. C’est ainsi que, l’année dernière, j’ai lancé mon association « A Gauche, Besoin d’Optimisme ! », une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ainsi que par la loi n° 88-227 du 11 mars 1988, modifiée, relative à la transparence financière de la vie politique.
 
Cette association a plusieurs sources de financement : les cotisations de ses adhérents et les dons de personnes physiques ne dépassant pas 7500 euros par an et par individu. Conformément aux dispositions de la loi du 19 janvier 1995 – loi qui fait honneur à notre République -, l’association s’interdit de recevoir directement ou indirectement tout don ou cotisation émanant d’une personne morale.
Par ailleurs, comme les centaines d’associations de ce type, les comptes d’activités sont contrôlés par deux Commissaires aux comptes titulaires et deux Commissaires aux comptes suppléants qui sont nommés conformément à la loi. Le tout étant rigoureusement soumis, in fine, au contrôle de la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP).
Bien sûr, malgré les contrôles évoqués plus haut, si ces structures légales, qui ont pour vocation originelle de pouvoir exercer une activité politique en autonomie, venaient à contredire leur propre logique en se transformant en « pompe à financements » pour les grands partis, alors, il faudrait revoir leur existence ou édicter de nouvelles règles.
 
Pour ma part, l’enjeu est tout autre ! Il en va de ma capacité à concourir dans le cadre des Primaires à Gauche. Ayant défendu avec détermination, avec beaucoup d’autres de ma génération, l’avènement de Primaires, j’ai depuis longtemps anticipé les enjeux liés à une telle organisation. C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé de me doter d’une structure légale et transparente me permettant de déployer et de faire connaître mes idées.
 
Pour autant, il faut regretter, encore à ce stade de nombreux « impensés ». Ainsi, comment les candidats concourant aux Primaires, pourront-ils financer à terme leur campagne en l’absence de tout système de financements provenant des partis organisateurs ? Quand la campagne des Primaires débutera-t-elle officiellement ? Si la désignation des candidats pour l’investiture a bien été actée en juin 2011, qu’en est-il de l’avant juin 2011 ? Comment assurer l’égalité des moyens entre les candidats, pendant la période de pré-campagne et au cours de la campagne de désignation, face à des personnalités très hétérogènes en termes de moyens ?
Autre question, les comptes de campagne du candidat de la gauche retenu pour concourir en 2012, seront-ils impactés par l’organisation des Primaires ? Probablement…
Si cela n’est pas anticipé, le candidat de la Gauche sera peut être handicapé dans la course finale…
 
A l’heure où certains me demandent – non sans mauvaise foi ?- de me mettre en règle, je réponds qu’il serait temps que les règles soient pensées et édictées. Pour ma part, j’avance depuis le début et propose des solutions dans la plus grande transparence et la légalité la plus stricte, et, comme je l’ai déjà affirmé – notamment auprès du trésorier du PS-, je suis prêt à faire évoluer mon association. Mais, sans céder à un mouvement de défiance généralisé remettant en cause des dispositifs légaux qui ont le mérite de la transparence, je demande à la Direction du Parti socialiste d’aborder clairement, dès la rentrée, la question du mode de financement et des moyens accordés aux candidats des Primaires à gauche.

Ma lettre aux responsables et aux élus socialistes

22 juillet 2010

Le 29 juin 2009 je me suis déclaré, le premier, candidat à l’investiture des primaires de la gauche devant plus de 500 militants et sympathisants socialistes, au Théâtre Michel, à Paris.
Après la publication de mon livre Pouvoir (Stock) et de multiples rencontres en région avec les Français, sachez que j’entame une nouvelle étape de ma campagne de candidat à l’élection présidentielle.
Je viens d’adresser aux responsables et aux élus socialistes une lettre afin de solliciter leur soutien et leur parrainage pour participer, d’ici un an, aux primaires ouvertes et populaires de la Gauche.
Je vous en livre ici le contenu,
Bonne lecture !

 

Cher(e) Collègue, Cher(e) Ami(e),

L’élection présidentielle de 2012 sera décisive pour l’avenir de la France. En proie aux difficultés de la crise et aux doutes sur la politique, nos concitoyens hésitent entre colère et résignation. Il est du devoir de la Gauche de leur rendre espoir. Un quatrième échec consécutif à ce rendez-vous électoral majeur serait fatal.

Afin d’affermir les chances d’une victoire, notre formation a définitivement adopté l’organisation de primaires ouvertes et populaires. Nous entrons désormais dans la phase de confrontation des projets et d’échange des idées. C’est avec conviction que je m’adresse à vous dans le cadre de la collecte des parrainages.

Ardent partisan des primaires depuis la première heure, j’ai conscience qu’elles sont une innovation majeure pour la Gauche et qu’elles peuvent redonner toute sa force au débat démocratique. Comme vous le savez, j’ai été le premier à me porter candidat à l’investiture. Mon ambition, aujourd’hui, est d’ouvrir un chemin aux millions de Françaises et Français qui veulent construire une alternative au cours de la prochaine campagne.

Je m’engage dans cette démarche avec détermination et enthousiasme. A 48 ans, fort de mon expérience de responsable socialiste, Maire de banlieue et d’élu national, je veux incarner une Gauche renouvelée, moderne et crédible. J’ai entrepris de rassembler tous ceux qui partagent mon combat à travers le lancement de mon club de réflexion A gauche Besoin d’Optimisme. J’ai également fondé les premières bases de mon projet pour la France dans mon livre Pouvoir, paru en mars dernier.

Depuis, je sillonne le pays afin de confronter mes propositions aux réalités des Français. J’ai ainsi pu mesurer à quel point il était indispensable de les réconcilier avec l’idée même de changement. Trop souvent, elle est perçue comme une nécessité traumatisante et non comme une opportunité à saisir.

L’échec de Nicolas Sarkozy, candidat proclamé de la « rupture », a provoqué un profond désarroi. Sa volonté fébrile de tout maîtriser seul a dégénéré en bougisme et sombré dans l’impuissance. Aujourd’hui, les préoccupations des Français sont toujours les mêmes : la précarité de l’emploi, le coût du logement, la capacité d’assurer une vie meilleure à leurs enfants, leur sécurité… A ces problèmes quotidiens permanents s’ajoute, désormais, un sentiment général  d’injustice et de défiance à l’égard de nos institutions. La multiplication des « affaires » au sommet de l’Etat creuse un dangereux fossé entre nos concitoyens et leurs représentants. Nous courrons le risque d’une rupture civique et d’une crise morale sans précédent dans notre pays.

Dans un tel contexte, la Gauche de l’incantation ne convaincra pas. A l’heure où les finances publiques sont menacées de banqueroute, nul ne croira que tout sera possible en même temps. Il nous faudra donc, avant tout, choisir parmi nos objectifs, fixer des priorités et tenir un langage de vérité. La crédibilité de nos propositions sera décisive.
Aux enjeux de toujours (la compétitivité de notre économie et de nos entreprises, la lutte contre les inégalités, la réussite scolaire, la démocratisation de la culture…) comme à ceux de notre époque (la sauvegarde de la planète, la construction de l’Europe, le financement de la dépendance, la souffrance au travail…), j’ai voulu apporter, dans mon livre, des  réponses efficaces et conformes à nos valeurs. Ces propositions, souvent inspirées du formidable travail de terrain des élus locaux, je souhaite aujourd’hui les faire vivre, avec vous, dans l’échange et la confrontation. A nous de rendre aux Français, à l’occasion de ces primaires, espoir en la politique ! Ils peuvent en être passionnés si nous savons mieux les y associer. C’est aussi une manière de rendre espoir à la jeunesse de notre pays.

A cet égard, le successeur de Nicolas Sarkozy devra, d’évidence, incarner un nouveau genre de présidence. Une présidence sans doute plus modeste et moins arrogante sur la forme. Mais une présidence plus efficace et moins velléitaire sur le fond. Pour être réformé, notre pays n’attend pas des injonctions multiples venues d’en haut ; il espère des explications claires sur le cap qu’on lui propose. Volonté, écoute et pédagogie sont les conditions de toute politique réussie.

Aujourd’hui, je me sens prêt à incarner une Gauche populaire et moderne et à figurer une nouvelle génération lucide et optimiste. Face aux ravages de l’absence d’esprit collectif et de l’argent-roi, je veux que la France renoue avec l’idéal de la République : celle d’une morale publique au service de l’intérêt général, de la laïcité contre le communautarisme, de l’autorité face à l’irrespect, de la justice sociale face aux inégalités… C’est le sens de ma candidature à l’investiture des primaires. Je suis convaincu qu’elle peut mobiliser des soutiens larges et divers. Par votre parrainage, vous pourrez exprimer votre soutien à mon projet ou, plus simplement, votre souhait de faire vivre le débat au sein de la gauche.

Dans l’espoir de prolonger notre échange et vous remerciant pour l’intérêt que vous porterez à ma démarche, je vous prie de croire, Cher(e) Collègue, Cher(e) Ami(e), en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

La « société du soin » ne guérit pas du Sarkozysme

14 mai 2010

Voici la tribune que je viens de faire paraître dans les colonnes du Monde de ce jour, n’hésitez pas à me faire part de votre opinion.  Bonne lecture !

 

 

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Le débat qui précède l’élection présidentielle en moment privilégié de la vie démocratique où les forces vives de la nation s’extirpent de la gestion du quotidien pour faire un état des lieux précis des difficultés et tracer les voies de l’amélioration. La gauche, par l’intermédiaire des primaires ouvertes à l’ensemble des Français, s’est dotée d’un outil efficace pour mener à bien ce travail et faire émerger un projet qui sera porté par son candidat.  Il importe donc dans cette étape primordiale, d’être clairvoyant et de définir le bon diagnostic.

De quoi souffrent les Français ? D’une perte de confiance généralisée. Perte de confiance – crise oblige-, dans l’avenir, dans la capacité de la puissance publique rongée par la dette – comme aujourd’hui en Grèce et peut être demain en Espagne – à conduire le pays, mais aussi, et c’est encore plus grave, dans leur capacité individuelle à se construire un avenir et pire, à assurer le quotidien. Dans ce contexte de défiance alimenté par la double insécurité, économique et physique, chacun se recentre sur soi, se calfeutre, les écarts de richesses se creusent, les violences physiques explosent, les liens sociaux se distendent et les communautés redeviennent des lieux où l’on cherche à retrouver, au moins, la chaleur d’un « entre-soi ».

Et, face à cette société qui se durcit, une tendance à gauche consiste à penser – et c’est tout à fait louable dans l’intention – qu’il faut mettre l’accent sur l’autre, sur l’attention qu’on lui porte et les soins qu’on lui prodigue. La tentation est grande de promouvoir comme panacée une « société du soin ». Je pense que cette intention aussi noble soit-elle, est une erreur profonde et constitue même un recul pour la gauche et pour le pays.  

Car l’individu n’est ni malade, ni en demande de soins. En tous les cas, il n’appartient pas aux politiques d’en statuer. Non, il demande à pouvoir agir en toute liberté car partout il est empêché. Un chômeur en fin de droit, par exemple, n’est pas malade de ne pas avoir de travail, il est empêché dans sa capacité d’agir et de répondre aux besoins essentiels de sa famille. Cette distinction n’est pas superficielle, elle est primordiale car elle fonde tout le rapport démocratique que l’individu entretient avec la société.

Ainsi, cette société du soin ou du « care » – vieille idée des années 80 qui s’enracine dans une conception féministe-différentialiste américaine réclamant un Etat plus attentif aux minorités – n’est en rien adaptée à la société française d’aujourd’hui dont le modèle de l’Etat providence est à bout de souffle.

La généralisation d’un tel concept dans notre pays comporterait deux risques majeurs.

Le premier serait d’installer dans les esprits un rapport terrible et vicié : celui d’un Etat, déjà surendetté au niveau de ses finances, mais aussi débiteur vis-à-vis de ses citoyens. Au contraire, puisque l’individu n’est pas malade mais « empêché », la puissance publique n’est donc pas en dette de soins vis-à-vis de lui. Elle doit, en revanche, trouver les moyens qui lui permettront d’exercer pleinement ses libertés et ses responsabilités.

Le second risque d’une telle conception de l’action publique, serait de nous faire passer, par un mouvement  de balancier, d’une société de la passion, celle de Nicolas Sarkozy, où les uns sont dressés contre les autres, où les gagnants sont opposés aux perdants, où les haines et les affrontements se cristallisent, à une société du sentiment où la promesse serait celle d’un bien être, d’une douceur, bref, d’un bonheur qui par définition n’est atteignable que par un chemin strictement personnel. Cette conception, si elle était retenue par une gauche victorieuse en 2012, installerait – à l’image des attentes énormes suscitées et déçues par l’homme providentiel Sarkozy -, une nouvelle bombe à retardement de la déception au cœur du prochain quinquennat.

Car à l’heure du troisième anniversaire de l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, à l’heure où la confiance des Français n’a jamais été aussi entamée, on mesure à quel point l’échec du chef de l’Etat est global. Si en 2007, le candidat Sarkozy a su, reconnaissons-le, pointer les bonnes questions, il n’a pas su redresser la tendance sur son domaine de prédilection : l’autorité.

L’échec majeur de Sarkozy est donc un échec d’autorité. Car l’autorité, ça n’est pas uniquement une question de sécurité. Même si, déjà sur ce seul aspect, l’échec est encore flagrant aux vues des chiffres en constante augmentation des violences aux personnes. Non, le mal est encore bien plus profond, car l’autorité c’est surtout l’attribut principal du pouvoir politique. L’autorité politique, c’est ce qui, dans une démocratie, amène l’individu à accepter une décision, un changement, une réforme. Elle est donc ce mécanisme si particulier par lequel un individu consent librement, et parce qu’il en perçoit l’intérêt pour lui-même, à suivre une recommandation qui l’oblige. C’est moins qu’un ordre, mais plus qu’un conseil. Or, sur le fond, l’absence de cap sur le plan économique, le péché originel du bouclier fiscal injuste,  mais aussi, sur la forme, l’orchestration permanente des oppositions entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre les réformes et le bougisme permanent, n’ont pas permis aux Français de comprendre quel était leur intérêt, ni celui du pays. Voilà l’échec de Nicolas Sarkozy, un échec lourd, à la mesure des attentes immenses que le candidat avait suscitées sur la base d’un artifice savamment entretenu : la capacité supposée d’un seul homme à tout diriger, tout résoudre.

Loin des miroirs aux alouettes et avec une éthique de vérité, il faut restaurer auprès des Français l’idée d’une autorité politique, non pas répressive et contraignante, mais bien au contraire, une autorité émancipatrice capable de donner à chacun, non pas des soins, mais les moyens de se bâtir, en parfaite autonomie et en responsabilité, un présent et un avenir. Cela passera notamment par l’école, par la formation, par la santé, mais aussi par la réforme nécessaire des retraites et des comptes publics.

 

A quoi sert la politique ?

8 avril 2010

 

Début avril, la ville d’Evry a organisé les « Rendez-vous de l’Ethique ». Pour cette huitième édition, notre ambition est restée la même : aider à comprendre l’évolution de notre société en dialoguant avec ses acteurs directs ou ses observateurs éclairés. Le 6 avril dernier nous avons ainsi discuté de la place de la morale en politique. Je vous invite aujourd’hui à débattre avec moi du rôle même du politique. Dans Pouvoir, j’essaye de redéfinir sa mission en tenant compte des évolutions des sociétés modernes. Faites moi part de vos réactions !

 

I. Comme chacun, je constate le discrédit du politique

 

Le rôle du politique est remis en cause en raison d’une double décrédibilisation.

 

La décrédibilisation est d’abord la conséquence de l’impuissance. Depuis la fin des 30 glorieuses, les responsables politiques paraissent impuissants à régler les problèmes qui rongent la société française : chômage de masse, panne de l’ascenseur social, montée de l’insécurité…

 

La décrédibilisation est également la sanction de la démagogie. Trop de promesses n’ont pas été tenues par les différentes majorités en place. A cet égard, la gauche tient une responsabilité particulière. Désireuse de « transformer le monde » et de « changer la vie », elle s’est souvent heurtée à la résistance des choses. Cette expérience amère l’a conduite à douter, voire à se méfier, elle-même du pouvoir.

 

II. Je crois que le rôle du politique n’est plus de diriger la société en prétendant la surplomber.

 

La fin des grands récits idéologiques nous oblige à repenser la place du politique au sein des sociétés.

 

D’une part, les sociétés modernes sont trop complexes pour se laisser saisir par les généralisations du discours politique. La progression de l’individualisme fait que plus personne ne se voit comme le simple représentant d’une catégorie sociale. Les attentes des individus recoupent donc, de moins en moins, les prévisions établies d’après leurs milieux d’origine. Cette diversification des demandes sociales brouille souvent le clivage gauche/droite. De nombreux concitoyens le juge aujourd’hui dépassé et non essentiel.

 

D’autre part, les transformations sociales sont trop nombreuses pour dépendre du seul volontarisme politique. Les évolutions anthropologiques (exemple : la progression de l’égalité homme/femme) et les progrès technologiques (exemple : la révolution Internet) ont autant changé la société que les programmes politiques. Le politique a alimenté et organisé ces changements beaucoup plus qu’il ne les a initiés et commandés.

 

III. Je pense que son rôle est désormais d’animer la société en acceptant de s’y fondre.

 

Le politique doit concevoir son rôle d’une manière plus horizontale que verticale.

 

Si le politique ne peut plus tout, il reste néanmoins présent dans tout. De manière croissante, il irrigue toutes les dimensions de la vie sociale : ses arbitrages sont de plus en plus requis pour départager les acteurs et trancher les litiges. Il anime désormais la société en acceptant de s’y fondre.

 

Animer la société, cela veut dire éclairer et conduire ses acteurs pour répondre aux défis de notre époque : le vieillissement de la population, la protection de l’environnement, le financement des protections sociales, etc. Ce rôle ne consiste plus à imposer un projet global de société, conçu in abstracto et fourni clef en mains, à l’ensemble de nos compatriotes ; il revient à permettre à chacun individu de construire son propre projet.

 

Se fondre dans la société, cela veut dire ouvrir sur l’extérieur les outils de la démocratie représentative (Institutions publiques, partis politiques…). A cet égard, l’organisation de primaires pour désigner le candidat de la gauche est un exemple encourageant. Se fondre dans la société passe aussi par le développement d’outils de la démocratie participative (généralisation des conseils de quartier, création de réseaux sociaux municipaux, etc.). 

 

Ce nouveau rôle du politique est en harmonie avec la méthode de gouvernement que je défends pour la gauche (privilégier la rigueur éthique à la posture épique, préférer la culture du compromis à la logique du conflit).